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Digital & organisation du travail

par Frantz GAULT

Quarante ans que micro-ordinateurs et personnal-computers se sont démocratisés.  Pourtant la “transformation digitale”semble être une actualité chaude dans les stratégies d’entreprises et dans la presse business. Dans cet article nous vous proposons de prendre un peu de recul sur les impacts du digital sur le travail.

L’informatique : instrument du taylorisme ?

Années 80-90 : le digital fait massivement son apparition dans le quotidien des salariés. Exit la machine à écrire, on s’équipe massivement en ordinateurs et imprimantes.

Cette transition technologique est d’abord effectuée sous le signe de la réplication : réplication du geste, par exemple avec le clavier azerty ; réplication également des procédures, comme la signature impliquant de ré-imprimer un dossier dématérialisé.

Puis, exploitant le potentiel des réseaux et des bases de données, tout en répondant aux attentes des actionnaires pour un meilleur contrôle de gestion, l’informatique permet de renforcer les procédures et de multiplier les indicateurs. C’est l’époque des projets pharaoniques d’ERP, de CRM, de Business Intelligence. Une époque exacerbant, par la machine, le taylorisme, le contrôle et la division du travail.

Son prix ? L’autonomie du salarié, l’expérience du client et le bon sens au travail.

Dès 1984, Apple alertait de ce risque dans un spot publicitaire incitant à l’insurrection face à Big Brother.

 

En 1992, l’ancien consultant de McKinsey Tom Peters expliquait que le mal était fait, dans son ouvrage Liberation Management.

Qu’à cela ne tienne, il faudra attendre 20 ans avant qu’il ne soit entendu et que les entreprises envisagent de reconsidérer l’homme, qu’il soit salarié ou client, dans leurs stratégies.

Le mail : échec du collaboratif ?

Années 90-2000 : l’usage des communications électroniques se diffuse en entreprises. Tandis que différents formats se répandent dans les ménages (chat, textos, forums, réseaux sociaux…), c’est l’e-mail qui prend le pas en entreprise. Il s’agit à nouveau d’un phénomène de transposition des anciens usages, le mail offrant le formalisme, la traçabilité, la confidentialité qu’offrait naguère le courrier.

Toutefois, son instantanéité permet aux salariés d’utiliser le mail pour des échanges plus synchrones, collaboratifs ou informels. L’optimum aurait été de déporter ces usages sur des outils plus collaboratifs, mais le retard technologique des entreprises, et les écarts de digital litteracy entre générations, confèrent au mail un statut de dénominateur commun, qui reste indétroné aujourd’hui encore.

Transformation digitale entreprise

Les outils collaboratifs n’ont par ailleurs pas réussi à se légitimer auprès des salariés : on se méfie de la transparence qu’apporte un réseau social d’entreprise ; on demande au télétravailleur de revenir pour une réunion ; et on se garde bien de prendre une décision par chat. La réunion et son compte-rendu restent la règle pour échanger sérieusement et valider une décision.

Les nouvelles technologies de communication étaient pourtant (et sont toujours) riches en promesses : meilleur partage d’information, travail collaboratif à distance, synchrone ou asynchrone, automatisation des procédures, accompagnement des processus décisionnels complexes…

Mais préférant le format de l’e-mail, les entreprises ont perpétué les mécanismes coopératifs issus de la division du travail. Pire : en permettant à tous de communiquer avec tous, le mail a sapé le rôle coordinateur qu’exerçait le manager, et a fait exploser de façon chaotique les communications en entreprise. Sans les rationaliser.

Le Digital Native : transition culturelle, mais laquelle ?

Après 2000 : les réseaux sociaux et les services en ligne se développent, le tout s’immisçant dans la poche de nos vestes grâce au Blackberry puis au smartphone. Immédiateté, on-demand, effortless, commentaires, likes… L’expérience utilisateur bien huilée des services digitaux sacre une nouvelle génération de consommateurs et de salariés.

Les Digital Natives et leur “impatience” font leur entrée dans les entreprises. Le décalage culturel entre les deux mondes est gigantesque. D’un côté, une culture peer-to-peer, horizontale, zappeuse, gamifiée… De l’autre, une culture verticale, statutaire, planifiée, processée…

L’ancien monde cherche à contenir cette nouvelle culture : interdiction de Facebook au bureau, réaffirmation du code vestimentaire, droit à la déconnexion…

Mais le syncrétisme s’opère doucement : apparition de sofas et de babyfoot au bureau, diffusion sauvage de WhatsApp dans les équipes, flexibilisation des horaires et du lieu de travail…

La transformation digitale et l'organsation du travailLa difficulté de cette transition culturelle, c’est qu’elle ne présente pas un modèle organisationnel clair. Un organigramme, un chef, une procédure, tout cela était très lisible. Quid de la lisibilité de l’entreprise libérée, de la sociocratie, de l’holacratie et autres modèles “collaboratifs” en vogue ? Quid de la lisibilité de l’algorithme qui “manage” des milliers de chauffeurs Uber ?

Plus inquiétant encore, les nouvelles technologies ont des conséquences imprévisibles : révolutions arabes, manipulations électorales, surveillance de masse.

Où va-t-on ? Derrière une rhétorique de libération et de transhumanisme, les gourous de la Silicon Valleyexpliquait récemment le New Yorker – sombrent dans la collapsologie, achètent des îles, construisent des bunkers, font des réserves de conserves, “au cas où”.

L’intelligence artificielle : tocsin du travail ?

Années 2010 : les nouvelles technologies sont désormais massivement adoptées et génèrent des oligopoles de données, d’utilisateurs, d’algorithmes et d’intelligence artificielle.

Nouvelle révolution technologique, nouvelle crainte de disparition du travail. Chauffeurs, médecins, avocats, comptables, notaires et plus généralement la classe moyenne, sont sur la sellette.

L’innovation fondamentale réalisée il y a un demi-siècle – le digital – commence à déployer son véritable potentiel de révolution économique et sociale.

Le débat fait rage entre les Schumpéteriens qui voient là un cycle classique de destruction créatrice ; et les Rifkiniens qui y voient l’opportunité d’inventer un nouveau contrat social. Un débat qui n’est pas exempt de considérations morales : perpétuer le travail salarié, c’est perpétuer une certaine éthique de la place de l’homme dans la société ; mais c’est aussi perpétuer un modèle de croissance désastreux pour la planète. Un débat qui mérite donc d’être posé.

Seule certitude : destruction d’emplois il y aura, ce qui implique à court-terme une culture de la formation et de la requalification continue des travailleurs. A plus long-terme, quel que soit l’avenir du travail,  l’intelligence artificielle semble promise à un avenir radieux.

LIntelligence artificielle et l'organisation du travail

Question : comment définir l’intelligence ? Les algorithmes qui gouvernent les réseaux sociaux, le trading haute-fréquence, ou le ciblage publicitaire, sont sans nul doute intelligents pour leurs propriétaires ; mais ne relèvent-ils pas de la “bêtise artificielle” à l’échelle de l’humanité ?

Le danger serait de transposer, d’industrialiser grâce au digital, les dérives de l’intelligence humaine (domination, manipulation…). Le temps de la “cyberspace independence” de Barlow est révolu. Celui de la neutralité du Net est en péril.

À l’instar des questions que posent les self-driving cars (qui ne pas tuer en cas d’accident ?), il est donc impératif que la société s’empare des débats moraux que pose désormais le digital.

Et si le digital finançait un revenu universel ?

Et si on rémunérait le digital labor ?

Et si on imposait une concurrence au “winner takes all” ?

Et si on évaluait les algorithmes qui nous managent ?

Et si on votait pour les valeurs gouvernant nos outils digitaux ?

 

Le débat est ouvert, n’hésitez pas à proposer des réponses en commentaires de cet article

co-fondateur de LBMG, j’ai pour conviction qu’il faut repenser l’organisation du travail pour répondre aux enjeux sociaux et environnementaux du XXIeme siècle.

Frantz Gault
À propos Frantz Gault
co-fondateur de LBMG, j’ai pour conviction qu’il faut repenser l’organisation du travail pour répondre aux enjeux sociaux et environnementaux du XXIeme siècle.

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